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Tribune de Céline Audebeau - Mon engagement de femme transgenre

Pourquoi le mot transgenre est-il entre parenthèse ? Parce que je m'identifie en tant que femme et non en tant que personne transgenre. Il est cependant nécessaire de le mentionner pour planter le décor.

Il y a bientôt deux ans, j'ai effectué ce que l'on appelle dans le jargon des transgenres, une transition MTF (homme vers femme). Mes opérations ont été effectuées en Asie hors de tout circuit « officiel » français, de ce fait, j'ai pu décider du début à la fin comment cette transition allait se dérouler.

Femme du jour au lendemain
Combien de personnes n'ont pas rêvé un jour de se réveiller un beau matin dans la peau d'une autre personne ? De devenir la personne que l'on a toujours rêvée d'être ? Eh bien, ce « miracle », je l'ai vécu ! Le 3 juin 2017 à presque 53 ans, installée dans mon lit (d'hôpital) et physiquement un homme, je me suis réveillée quelques heures plus tard… j'étais devenue une femme. Une fée était passée, mes vœux les plus chers furent exaucés.

En réalité, ma fée avait une blouse blanche et une très grande expérience dans la chirurgie de réassignation sexuelle. Cette action m'a permis de changer physiquement, intérieurement, cela faisait très longtemps que je me considérais femme.
C'est donc ce 3 juin 2017 que ma vie de femme a débutée. Je ne vais pas rentrer dans les détails de mon acceptation, de ma vie professionnelle et sociale, tout ceci est très bien décrit dans mon livre. Non, je voudrais vous parler de cet engagement voire ce militantisme qui me porte.

Ma transition s'est merveilleusement passée, je profite réellement de chaque instant de cette nouvelle vie, tout va pour le mieux… Je suis bien consciente d'avoir bénéficié de circonstances favorables, je vis à l'étranger, j'ai un très bon travail et mon passing* n'est pas trop mauvais. Alors pourquoi est-ce que je m'expose de la sorte ? Je me prends des coups alors que ma vie est parfaite, suis-je devenue complètement masochiste ?

Les commentaires !
Au fil des reportages et interviews de ces dernières semaines, j'ai reçu une grande quantité de messages qui pour la plupart furent d'une extrême bienveillance. Le plus souvent, ils émanent de personnes qui ne sont pas directement concernées par le sujet. Tel est mon but ! Informer, montrer que nous ne sommes pas des monstres, juste des personnes comme les autres à qui on a donné le mauvais corps à la naissance.

Des milliers de personnes souhaiteraient effectuer une transition rapide mais elles se heurtent à un parcours du combattant des plus compliqué médicalement et juridiquement. Toutefois, le premier des obstacles est très souvent le poids du regard des autres. Comment vais-je être perçue ? Que va devenir mon couple ? Que vont dire mes parents, mes enfants, ma famille ? Vais-je perdre mon travail ? A quoi vais-je ressembler ? on va se moquer de moi, j'ai peur de subir insultes et violences. Quelle sera ma vie de femme ?

Le regard des autres
Avant d'entamer ce lourd parcours médical et juridique, il faut être blindée et à l'aise avec toutes les questions précédentes. C'est là que la visibilité des personnes transgenres intervient, montrer à quel point nous sommes des personnes comme les autres, il est loin le temps où les trans étaient soit prostitués soit artistes de cabaret. Changer le regard des « autres » sur la transidentité, ne pas se couper de sa famille, ne pas perdre son emploi… Tout cela passe par une médiatisation pour devenir un jour, je l'espère, une banalité.
La transphobie est encore bien présente dans notre pays même si je n'ai jamais eu à en subir les méfaits. Les personnes transgenres qui ne présentent pas une image parfaite de l'homme ou de la femme qu'elles sont devenues sont quasiment immédiatement stigmatisées et rejetées. Certes, des chirurgies sont possibles, un maquillage ou des accessoires peuvent améliorer le passing* mais pour qui ? Une fois de plus, pour le regard des autres, par crainte des réflexions, des regards trop appuyés, des messes basses pleines de sous-entendus et bien pire encore.

Il faut bien se rendre compte de l'immense effort qu'il est nécessaire d'entreprendre pour enfin s'afficher dans ce nouveau genre. Il ne s'agit nullement d'un choix, nous subissons souvent ce mal-être depuis l'enfance, ce changement devient vital. Alors de grâce, un peu d'indulgence, nous sommes des êtres humains comme les autres. Nous ne sommes pas parfaites, je parle bien sûr des femmes transgenres, nous avons gardé nos grosses mains, notre pointure 43, notre carrure et certains de nos traits, une voix trop grave mais nous voulons juste enfin vivre !

Les mentalités changent et j'en suis ravie, les commentaires que je reçois en témoignent, de plus en plus de personnes sont à présent sensibilisées sur le sujet, une plus grande tolérance se dessine.

Psychiatre obligatoire !
S'en suit la partie médicale, passage obligé chez un psychiatre plus ou moins réceptif à nos souffrances. Bien que la transidentité ne soit plus considérée comme une maladie, il est tout de même obligatoire (en France) de passer par un médecin. Un soutien psychologique pendant et après la transition est à mon avis indispensable mais un psychologue est à même de fournir ce soutien !
L'endocrinologue ne donnera aucun traitement sans une attestation d'un psychiatre, une entente entre eux, aucun texte ne prévoit cette règle. Le traitement hormonal de substitution est composé d'œstrogènes (hormones féminines) et d'un anti-androgène, le plus souvent Androcur©. Ce médicament récemment décrié pour ces risques de tumeurs cérébrales est interdit dans de nombreux pays depuis des années mais en France, on continue à le prescrire tout en connaissant les risques encourus.

Il faudra attendre au moins une année pour envisager les premières opérations pour celles qui le souhaitent bien sûr… Le nombre de chirurgiens est très limité, les opérations sont diverses, féminisation du visage, rhinoplastie, vaginoplastie, augmentation mammaire… Tout cela peut sembler exagéré, pourquoi dépenser tant d'argent pour modifier un corps ? Parce que ce corps n'est pas le nôtre, il nous faut cette béquille pour enfin commencer à vivre ! Malheureusement, il faut attendre de longues années à moins de disposer des moyens financiers et de se faire opérer à l'étranger.

Les médecins s'organisent comme ils le peuvent mais les personnes concernées ne sont jamais intégrées à ces groupes qui s'auto-déclarent spécialistes de la transidentité. Hélas, nos chers députés, ouverts d'esprit pour certains, complètement fermés pour d'autres détournent la tête lorsque la question leur est posée, personne n'ose même en parler. Il faudrait juste travailler sur un texte de loi, beaucoup d'associations ont déjà fait de propositions toutes restées vaines. Vous n'imaginez pas les souffrances que nous vivons, nous sommes seulement la partie immergée de l'iceberg, tant de personnes souffrent en silence. La grande majorité n'oseront jamais sortir de leur coquille de peur de tout ce système. Pendant 53 ans, personne n'avait jamais suspecté mon côté féminin y compris mes proches. Votre frère, votre sœur, votre mari, votre ami peut souffrir de ce mal et vous n'en saurez jamais rien.

La justice, l'administration et nos élus
Dernier obstacle et non des moindres, obtenir les papiers d'identité qui correspondent à notre genre. Passer devant un tribunal de grande instance, mobiliser trois juges et un procureur pour décider si la personne qui porte déjà un prénom féminin et qui dispose désormais d'un sexe féminin, pourra obtenir ce « F » tant convoité. Il me semble que ces juges auraient sans doute des décisions bien plus importantes à prendre que celles-ci.

Les mentalités changent, heureusement mais le reste stagne, il y aurait si peu à faire pour faciliter les transitions, des vies sont en jeu et personne ne bouge… Moi je bouge et j'espère bien faire bouger nos décideurs !
 
            « Du masculin au féminin, mon parcours singulier » de Céline Audebeau. Éditions Kawa, 21,95 euros.
 
 
*passing : Pour les personnes transgenres, cela implique d'être perçues dans l'identité de genre à laquelle la personne s'identifie, et ce, sans que la transidentité soit visible.

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Communiqué envoyé le 2019-06-11 12:12:50 via le site Categorynet.com dans la rubrique Société
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