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Des congas à la plume

Des mains qui frappent, des mains qui s'évadent…

Toca Leon !

« Joue Léon, frappe le tambour, défonce toi… » est un livre intimiste et pudique, faussement exotique, vraiment envoûtant.

Lucie et Léon, jeune couple sortent, on le devine, d’une période délicate de leur vie, peut être un risque de séparation. Ils ont besoin de se retrouver dans des lointains complètement déconnectés de leur vie habituelle où Léon se sent trop incertain aux côtés de sa compagne trop méthodique et organisée.

Léon, musicien amateur de musique cubaine, saisit le prétexte d’un ami à secourir, Michel, errant blessé par la vie qui a disparu dans la grande île. Il entraîne Lucie et, en quelques heures, sans réfléchir, ils atterrissent à Santiago de Cuba juste en ouverture du festival de musiques caraïbes.

ls franchissent alors une frontière invisible qui les fait entrer dans l’intimité tropicale du « paradis castriste », faite tout à la fois de rythmes, de sensualité étouffante et de misère soviétique, avec des personnages étranges dont un pied plonge dans la dure réalité quotidienne et l’autre dans le mystère vaudou.

Le prétexte est de retrouver Michel, ça tient la route, on se laisse emporter.

Mais le livre est en trompe l’oeil, l’intérêt est ailleurs. Dans un parcours initiatique musical et de magie noire, épaissi par la misère et la surveillance policière, Léon plonge au fond de ses propres doutes et faiblesses. Il en remonte pour mieux retrouver Lucie au cœur même d’une transe d’esclave nègre rythmée par des musiciens aussi populaires qu’exceptionnels, que leurs liens avec l’invisible et le maléfique rendent inquiétants.

L’intimité du couple, divagante et pourtant bien réelle, se reconstruit au travers d’une aventure étonnante qu’eux seuls peuvent partager et qui, pour cela même, les unira à vie.

L’écriture est retenue, tout en distance, avec quelques phrases de carte postale faussement convenues pour détourner l’attention. L’ensemble, l’essentiel, a l’apparence de la simplicité, comme ces peintures naïves (africaines par exemple !) dont on croit qu’elles sont candides alors qu’elles troublent profondément. Par elles, insidieusement, on est happé vers l’irréel.

Dominique Lin évite tout pathos, contourne son vrai propos, nous laisse entrer tout seul, comme si de rien n’était dans le personnage de Léon, dont la sensibilité fragile retrouve force grâce à la musique. Tout est en creux et subtil, habile.

Et puis, il y a les tambours, toutes sortes de tambours, qui prennent progressivement une place retentissante. On n’entend plus qu’eux, ils grondent comme des animaux sauvages, ils sont au cœur de la révélation virile du héros.

Alors, joue Léon ! Tu es sorti victorieux de l’épreuve, Lucie t’a rejoint.

Et l’ami au fait ? Ah oui, ils l’ont retrouvé, il est sauvé, rapatrié, mais c’est secondaire. Très.Puisque je vous dis que c’est un livre en trompe l’œil !

Philippe Hubert

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