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Qui veut la peau de vos enfants ?

Qui veut la peau de vos enfants ?
La Suède s'apprête à lancer un médicament basé sur les travaux ultra-douteux d'un psychiatre condamné par la justice !

Il s'appelle Strattera et la compagnie pharmaceutique Eli Lilly s'apprête à le lancer en Suède. Cet anti-dépresseur a pourtant été réalisé en collaboration avec Christopher Gillberg, un psychiatre pour enfants condamné en juin 2005 pour fraude scientifique. Au royaume de Bergman, Ubu serait-il devenu roi ?
L'histoire de Gillberg semble relever d'un mauvais feuilleton de série B. Elle est pourtant réelle.

Profession : inventeur de maladies.
Tout commence en 1997. Gillberg publie alors un article qui fait date. Il y affirme que 120 000 enfants de 6 à 7 ans souffriraient de défaut ou lésions du système nerveux. Il invente au passage deux nouvelles maladies :
— le DAMP ou Déficience d'Attention de Fonctions Motrice,
— le THADA ou Trouble de l'Hyper-Activité avec Déficit de l'Attention.
« Environ 10% des enfants de 6 à 7 ans souffrent de DAMP et de THADA, » affirme alors Gillberg, citant en cela de savantes recherches.
Quels sont les symptômes que Gillberg assimile à une déficience ? Le fait d'avoir la bougeote avec les mains ou les pieds, d'être toujours en train de courir, de souvent trop parler, de se sentir au supplice sur une chaise à l'école, de souvent quitter sa chaise en classe, d'avoir des difficultés à jouer ou s'engager calmement dans des activités de loisirs.
L'étude de Gillberg est relayée en 1999 par un mémoire d'études publié par le Conseil National suédois de la Santé et des Affaires Sociales . Censé servir de base au traitement du DAMP et du THADA, ce document est secret. Par la grâce d'une fuite, il est pourtant porté à la connaissance du public. Le scandale éclate alors.

La contre-attaque
La dame qui mène l'assaut s'appelle Eva Kärfve. Anthropologue et sociologue de l'Université de Lundt, elle a jadis publié une thèse sur les procès en sorcellerie au 15ème siècle.
Dans le livre Les fantômes de l'esprit qu'elle fait paraître durant l'année 2000, Eva pilonne les thèses de Gillberg. Ses attaques sont relayées par le pédiatre Leif Elinder qui émet à son tour de sérieux doutes sur les recherches sous-jacentes au THADA.
Le tollé soulevé est tel que la justice s'en mêle. Gillberg se voit demander de transmettre au gouvernement suédois les documents qui étayent ses conclusions. Le psychiatre s'y refuse sous prétexte que de telles données seraient confidentielles. Le 25 mai 2005, devant la cour, il donne un spectacle inquiétant. Furieux, il dit avoir été la cible de cinq années de calomnie et de diffamation et s'insurge contre les soupçons qui pèsent sur lui : « C'est comme si j'étais accusé de meurtre ! »
Pourtant, dès le lendemain, un témoignage accable Gillberg. Celui de Bengt Wendel, directeur du département de l'Université de Goethenburg :
« Durant mes 38 ans en tant que fonctionnaire, je n'ai jamais rencontré un homme aussi bizarre, aussi plein de contradictions que Christopher Gillberg. Le jugement qu'il entretient sur sa propre importance est totalement incroyable. Un scientifique qui met ouvertement Gillberg en question est mis sur la touche, combattu et sa carrière s'arrête nette. »

Les gaffes d'une bête traquée
La Cour de Suède persiste et signe : Gillberg doit produire ses documents. Il se produit alors un coup de théâtre digne d'un vaudeville...
Alors que Gillberg est en déplacement en Angleterre, son épouse et deux de ses collègues détruisent méticuleusement tous les documents incriminés, soit 100 000 pages couvrant une surface de 22 mètres sur diverses étagères !
À son retour, Gillberg plaide non-coupable arguant de la négligence de tels associés. La justice ne l'entend pas de cette oreille et prend la chose très au sérieux : un scientifique n'a aucunement le droit de détruire ses propres documents, étant donné que la recherche est financée par des fonds publics.
Alors que la décision judiciaire était attendue pour le 27 juin 2005, Christopher Gillberg a été arrêté quelques jours plus tôt pour un autre chef d'accusation : d'invraisemblables défaillances de gestion de sa clinique, auxquelles s'ajoutaient des conditions de travail illégales.
Christopher Gillberg a été condamné comme prévu le 27 juin pour manquement au devoir professionnel par la cour de Tingsrätten. La sentence a été confirmée le 8 février 2006 par la cour régionale de Hovrätten für Västra Sverge qui a par ailleurs estimé que le « crime de Christopher Gillberg » était « intentionnel » et donc « non excusable ».
Tel est l'histoire de l'homme dont les travaux pourraient bientôt servir au lancement d'un médicament plus que douteux. En effet le 25 septembre 2005, la FDA (administration américaine qui supervise les médixcaments a ordonné qu'une mise en garde soit placé sur l'emballage d'un médicament pour le THADA sous prétexte qu'il pourrait entraîner (suite à des essais cliniques) des pensées et comportement suicidaires ! De même, le 30 septembre 2005, le Comité des Nations Unies pour les Droits de l'Enfant, en se basant sur les rapports remis par l'Australie, la Finlande et le Danemark, a exprimé son souci quant au fait que le THADA soit « faussement diagnostiqué » et a parlé de « preuves toujours nombreuses des effets nuisibles de ces médicaments. »
Les défenseurs des droits de l'enfant et des citoyens sont appelés à faire connaître leur indignation auprès de l'ambassade de Suède.

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Vincent Melkaum.