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Ville de Charleroi - Discours - Bois du Cazier



Cinquantième anniversaire

de la catastrophe du Bois du Cazier :

discours de Jacques Van Gompel, Bourgmestre de Charleroi
 

Mes chers amis,

Il y a 50 ans jour pour jour, Charleroi s’éveillait devant une épaisse colonne de fumée noire qui s’élevait dans le ciel. C’était le 8 août 1956, le jour le plus noir de l’histoire de notre ville.  

C’est donc emprunt d’une certaine émotion que je prends la parole devant vous sur ce site du Bois du Cazier. Ce charbonnage a connu la plus grande catastrophe minière et industrielle de Belgique. Et c’est ici sous nos pieds qu’ont péri prisonniers des flammes 262 mineurs de douze nationalités différentes.

Ce matin, tout comme moi, vous avez pu ressentir la lourdeur de l’atmosphère qui régnait sur le carreau de la mine. A chaque coup de cloche, il y en a eu 262, j’ai eu l’impression de perdre quelqu’un que je connaissais, un proche, un ami.

Car effectivement, ils sont tous nos amis ces mineurs qui sont morts ici au Cazier.

Ces mineurs et les autres selon moi doivent être considérés comme des héros qui sont tombés sur un champ de bataille. Cette bataille, c’était celle du charbon initiée par le Premier ministre Achille Van Acker en 1946.

Cet homme politique de l’après-guerre, pour mener à bien sa mission de relance de l’extraction houillère secteur en manque de main d’oeuvre, avait lancé une véritable campagne de promotion du métier de mineurs.  

Des milliers de Belges travaillaient déjà dans les galeries de mine. Et pourtant, Achille Van Acker a dû via un protocole d’accord signé le 23 juin 1946 à Rome faire appel à de la main d’œuvre italienne.

Ainsi, près de 50.000 jeunes hommes issus de différentes régions d’Italie ont rejoint la Belgique par train.

A leur arrivée, l’accueil qui leur était réservé n’était pas vraiment convivial. Ils ont été transportés dans des camions sans bâche vers des barraquements dans lesquels avaient été logés des prisonniers russes et allemands durant la guerre 40-45.

Ces travailleurs transalpins dès le lendemain de leur arrivée ont été dirigés vers les charbonnages ou les entreprises pour lesquels ils avaient été désignés. Ils rejoignaient ainsi les nombreux mineurs belges dans l’enfer du fond.

Bref, mon but n’est pas de faire un rappel historique de l’arrivée des Transalpins chez nous. Non, mon but est de souligner la froideur de l’accueil que les autorités belges leur avaient réservé alors qu’ils venaient pour aider notre pays à se relever de la seconde guerre mondiale.

Mes chers amis,

Nous savons tous qu’au fond de la mine, Italiens, Belges, Grecs, Français, Algériens ou autres, tous étaient des mineurs.

Si les  victimes du Bois du Cazier sont issues de douze pays dont la Belgique, j’aimerais cependant rendre un hommage tout particulier à la Communauté italienne dont 136 ressortissants sont morts au Cazier. C’est plus de la moitié de l’ensemble des victimes. Et on se souviendra d’ailleurs tous de la terrible phrase d’un sauveteur « Tutti Cadaveri ».  

En tant que Bourgmestre de Charleroi, 50 ans après cette tragédie, je dois vous dire combien je suis attaché à toutes les communautés qui vivent sur le territoire de notre belle ville.  

Ces communautés et particulièrement la Communauté italienne contribuent à la richesse culturelle de Charleroi et à la diversité des activités qui y sont proposées.

Rien que cette année, on peut dire que la Communauté italienne a véritablement été un des moteurs de la vie de notre belle cité avec l’organisation de la semaine culturelle italienne, l’arrivée d’une étape du Giro et ensuite il y a quelques semaines les scènes de liesse sur la place Charles II après la victoire de la Squadra Azzura à la Coupe du Monde.  

Mes chers amis,

Charleroi et la Communauté italienne vivent depuis quelques décennies déjà une véritable idylle. Mais, comme dans toute histoire d’amour, ce sont les épreuves qui rapprochent.

Et pour moi, le charbonnage du Bois du Cazier et la catastrophe qui s'y est déroulée sont véritablement des ciments entre Charleroi, La Belgique et sa communauté italienne.  

Car ici 136 Italiens ont trouvé la mort auprès de 95 belges et des mineurs de dix autres nationalités : des Grecs, des Polonais, des Allemands, des Français, des Hongrois, des Algériens, un Hollandais, un Russe, un Britannique et un Ukrainien.

Le Bois du Cazier est selon moi le symbole de toute une époque. Une époque où la sécurité des travailleurs belges et étrangers était souvent secondaire par rapport à la quantité de charbon qu’il pouvaient remonter du fond.

En tant qu’homme de Gauche, en tant que Socialiste, je m’insurgerai toujours contre la dictature de la rentabilité à tout prix surtout si elle est au prix de centaines de vies humaines.  

La catastrophe du Cazier a d’ailleurs ouvert les yeux à la Communauté européenne du Charbon et de l’Acier qui a pris conscience du manque de sécurité qu’il y avait dans de nombreux charbonnages européens.

Si je souligne le courage de tous les mineurs de fond, je veux également rendre hommage à tous ceux qui ont travaillé durant des semaines aux opérations de sauvetage.  Je me souviendrai toujours de deux hommes : Angelo Galvan, appelé le « Renard du Cazier », et Silvio Di Luzio qui nous a quittés il y a un peu plus d’un an. Cet homme aux cheveux très noirs, à la voix rauque usée par le travail au fond de la mine et à l’accent italien à couper au couteau était un des sauveteurs charismatiques de la Centrale de Marcinelle. Il a à jamais marqué le Bois du Cazier et l’histoire de Charleroi de son empreinte.

Je garderai également gravées dans ma mémoire ces images d’épouses, d’enfants et de proches de mineurs qui des jours durant sont restés devant les tristement célèbres grilles du Bois du Cazier.  

Je veux également rendre hommage aux journalistes et photographes de presse qui ont couvert cet événement à l’époque car grâce aux précieux documents qu’ils nous ont laissés, les générations futures pourront je l’espère tirer les enseignements de cette terrible catastrophe.

Pour moi, mes chers amis, c’est cela le Bois du Cazier. Le Bois du Cazier, c’est le symbole de toute une époque de labeur.

Charleroi, le Bois du Cazier et tous les mineurs sont inséparables. Même si Charleroi n’est plus appelé le Pays noir vu que les charbonnages sont fermés, nous sommes fiers de notre passé et nous ne le renierons jamais.

Le chantre Jacques Bertrand dans l’hymne carolo « Pays de Charleroi » évoque « le mineur wallon, si cher à la patrie ». Plus près de nous Bob Dechamps, lui aussi faisait souvent allusion à « ces hommes couradjeux » et à « tous ces braves ouyeux ».  

Les étudiants carolos eux aussi rendent un hommage permanent aux mineurs. Certains ont d’ailleurs baptisé leur local « Al’ Fosse » et arborent fièrement des châssis à molette sur leur sweat-shirts.

Les mineurs ne seront donc jamais oubliés à Charleroi. C’est pour cela qu’avec Jean-Claude Van Cauwenberghe et les associations d’anciens mineurs, nous avons mené le difficile combat de sauvegarde du Bois du Cazier qui dans les années 80 aurait pu devenir un supermarché.

Aujourd’hui, chers amis, le Musée du Bois du Cazier est une réalité. Il est un des fleurons du savoir-faire carolo et wallon et son succès ne cesse de grandir.  

Avec sa reconversion en musée, le Bois du Cazier veut non seulement être un lieu de mémoire mais aussi une passerelle vers l’avenir de Charleroi et de la Wallonie.

Et cet avenir, nous allons le bâtir en nous souvenant de ces hommes qui dans le passé ont fait la richesse de Charleroi. Mais surtout nous allons le construire avec vous, enfants et petits enfants de mineurs qui vivez à Charleroi.

Je veux donc terminer ce discours par une note d’espoir. Si le Bois du Cazier a été le théâtre de la plus tragique catastrophe industrielle belge, il est aussi un livre ouvert, un mode d’emploi pour une Europe plus sociale et un avenir meilleur pour tous.   

PS : Tu es le premier à prendre la parole à 12h15. Il y a deux autres intervenants (Van Cau et le Vice-Ministre des Affaires étrangères italiennes Franco Danieli) et en principe les discours doivent être terminés pour 12h30.