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Boursedescrédits.com interview Didier Borowski sur la Crise économique : « Les banques centrales et les gouvernements sont en terre inconnue »

L’économie mondiale tend enfin à sortir de la crise. Mais dans quel état et avec quelles perspectives? A quoi faut-il s’attendre alors que la Zone Euro demeure très fragmentée économiquement et financièrement? En calibrant ses actions sur la moyenne des économies, la BCE ne peut satisfaire chaque Etats. Or, selon Didier Borowski, les pressions déflationnistes, des pays du Sud, risquent de mettre en péril l’édifice européen si elles ne sont pas endiguées à temps. Johan Garcia
Didier Borowski
Chômage en hausse, croissance en baisse, dettes publiques et privées qui augmentent sont les conséquences visibles de la crise économique sur l’Europe. Mais quelles seront les évolutions de l’économie mondiale en 2014 ? Didier Borowski, économiste et responsable de la Stratégie et de la Recherche d’Amundi Asset Management, répondait à cette question, vendredi 24 janvier 2014, au cours de son intervention, « 2014, année charnière ? », à Paris, au siège central du Crédit lyonnais.

Une crise au format inédit

Pour Didier Borowski, « depuis la crise des subprimes en 2007 et la faillite de la banque Lehman Brothers en 2008, l’économie mondiale est entrée dans une nouvelle phase, inconnue et inédite ». Les économies avancées ont connu leur plus grande récession de l’après-guerre. Les réponses de politique économique, notamment du côté des banques centrales, ont été sans précédentes. Aux Etats-Unis, l’emploi dans le secteur privé n’a toujours pas retrouvé son niveau de 2007. « Plus de 6 années pour 'effacer' les traces d’une récession sur le marché du travail, c’est du jamais-vu depuis la Seconde Guerre mondiale ».

L’Europe a, de son côté, subi un double choc. Le « choc Lehman » a été suivi entre 2010 et 2012 d’une crise de la dette souveraine dans la Zone Euro. L’intensité des tensions financières qui en a résulté a été aussi importante que celle observée peu après la faillite de la banque Lehman Brothers en septembre 2008. « Les traces de ces différents chocs successifs seront encore présentes pendant au moins une décennie » estime M. Borowski.

Le volume du Produit Intérieur Brut (PIB) de la Zone Euro est toujours en dessous du niveau précédant ces crises, en 2007. « Nous ne sommes pas dans un cycle économique traditionnel. La reprise ne va pas permettre au chômage de baisser cette année ; les banques centrales et les gouvernements sont en terre inconnue », analyse-t-il. « C’est une crise qui sera enseignée dans les livres d’histoire dans un siècle ! »

Une croissance mondiale qui sera tirée par une « Europe fragmentée »

En 2013 la croissance mondiale était de 3%. En 2014, elle progressera de 0,6 point et atteindra les 3,8% en 2015, selon les chiffres de l’entreprise de gestion d’actifs, Amundi. Avec sa sortie de récession, « la Zone Euro va tirer la croissance mondiale vers le haut », explique Didier Borowski. En France, il faut néanmoins s’attendre à une croissance molle de quelque 0,6% en 2014 et de 1,1% en 2015, légèrement en dessous de la moyenne de la Zone Euro pour cette même année, à 1,5%.

« Il y a une vraie fragmentation du cycle économique européen. Les évolutions de la consommation et de l’investissement sont divergentes, alors qu’avant 2007 les cycles étaient plus ou moins semblables » décrypte M. Borowski. « Ce sont de réelles difficultés et de vrais sujets de préoccupations pour la Banque Centrale Européenne pour la conduite de sa politique monétaire ».

Le chômage, lui, restera en hausse en Europe, « tant que la croissance ne sera pas suffisante ». Pour qu’il baisse réellement, « la reprise doit être nettement plus forte », martèle-t-il. L’Allemagne reste ainsi à l’heure actuelle le seul pays européen où le chômage recule. De 9% début 2007, son taux de chômage n’a cessé de diminuer pendant la crise, pour atteindre aujourd’hui 5,2%, en partie pour des raisons démographiques

Le voisin allemand, grâce à une demande intérieure plus forte, restera le principal moteur de cette sortie de récession. La mise en place d’un salaire minimum devrait renforcer, dans les années qui viennent, le rôle moteur de la demande intérieure allemande. D’une certaine façon, l’Espagne est en train de changer de modèle de croissance économique, avec une économie de plus en plus tournée vers les exportations.

Une économie espagnole dynamique, mais plombée par les dettes et le chômage

Les exportations du pays sont aujourd’hui les plus dynamiques d’Europe, grâce à la hausse des gains de productivité qui ont permis une baisse très nette des coûts salariaux unitaires. Le prix de ce succès est élevé. Le chômage, croissant, frôle désormais les 27%, tandis que la dette publique (en % du PIB) a été multipliée par 2,5 depuis 2007 et que la dette privée représente près de 200% du PIB. La baisse des salaires pèse sur le pouvoir d’achat espagnol et la demande nationale.

Les dépenses publiques dans la Zone Euro sont, de la même façon, toujours bien supérieures à leur niveau d’avant crise. « Les Etats européens ne parviennent pas à les ramener au niveau de 2008, contrairement aux Etats-Unis. A l’inverse, les dépenses privées, en moyenne, sont toujours inférieures à 2008, et peinent à remonter », analyse l’économiste.

La fragilité des banques espagnoles et les contraintes réglementaires vont également continuer à pénaliser l’accès au crédit. Les taux d'intérêt relativement élevés entravent la reprise de l’investissement privé, principalement pour les PME qui représentent près de 80% de l’activité économique espagnole. Les taux directeurs de la BCE, historiquement bas, « n’influent pas sur les taux des crédits bancaires des pays d’Europe du Sud », décrypte le responsable de la Stratégie et de la Recherche d’Amundi.

La politique monétaire restera accommodante et l’inflation faible

La BCE va être obligée de conserver une politique monétaire très accommodante, avec des taux proches de zéro sur une période de temps prolongée afin de faciliter le désendettement et d’accompagner des politiques budgétaires qui vont devoir, quant à elles, demeurer durablement restrictives. « Il ne faut pas s’attendre à une remontée des taux directeurs avant sans doute 2017-2018 », prévoit Didier Borowski.

Les pressions déflationnistes sont marquées dans les pays du Sud de l’Europe. « Si elles ne sont pas endiguées à temps, les dettes deviendront insoutenables rendant, tôt ou tard, leur restructuration obligatoire ». L'inflation restera bien en dessous de la cible de la BCE de 2% jusqu’en 2016, selon Amundi. Ce qui laisse toute latitude à la BCE pour intervenir plus vigoureusement d’ici là. « La BCE a fini par comprendre qu’elle devrait sans doute intervenir plus activement, toutes les options aujourd’hui sur la table pour éviter un scénario de déflation ». C’est, au final, la raison pour laquelle on peut être raisonnablement optimiste sur l’avenir de la Zone Euro. Mais cet optimisme se fonde pour partie sur de mauvaises raisons. « On ne peut évidemment pas tout attendre des banques centrales, cela n’a pas de sens, il faut que les gouvernements fassent des réformes importantes », estime Didier Borowski.


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Communiqué envoyé le 07/02/2014 11:34:06 via le site Categorynet.com dans la rubrique Economie

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