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Les cardinaux font leur cinéma

Les Cardinaux font leur cinéma
Des ombres du pouvoir à l'écran : figures de cardinaux au cinéma
(Europe et Amérique du Nord 1945-2011)
Habemus Papam, Le Cardinal, Au nom de la Rose, parmi beaucoup d’autres, posent la question de la représentation de la figure des cardinaux à l’écran.
À l’occasion du colloque international sur le thème Cardinaux et cardinalat, une élite à l’épreuve de la modernité, 1775 – 1978 organisé par l’Institut Catholique de Paris, le centre d’EFR et l’Université Paris Sud dont la première session se tiendra les 19 et 20 juin 2014 à Paris, Philippe Rocher, chercheur au CERHIO de l'Université du Maine (Le Mans), présente une étude sur la représentation des cardinaux au cinéma et à la télévision.

ICP : Des origines du cinéma à nos jours, quelles représentations des cardinaux le cinéma propose-t-il ?
Philippe Rocher: « À l'âge classique du cinéma, lorsque ce dernier cherche à se légitimer en tant qu'art, le cardinal Wolsey ou le cardinal de Richelieu, apparaissent, le plus souvent, entre Shakespeare et l'histoire de France : Cardinal Pandulph (1899) ; The Cardinal's Conspiracy (1909), Cardinal's Ambassador (La danseuse espagnole, 1923) ; le cardinal de Rohan dans Cagliostro (1929) ; Les trois louf'quetaires (1939) ; The Cardinal (1935), de Rowland. Dans ces films anglais, américains ou français, même s'il s'agit de véritables hauts dignitaires de l'Église catholique, ils ne sont guère représentés pour eux-mêmes mais comme des personnages de fictions dans une histoire romancée. Dans ces films, parfois des tragédies mais souvent des comédies de cape et d'épée souvent anachroniques, l'important est dans l'action des héros qui figurent à côté de ces personnages historiques. C'est elle que voient d'abord les spectateurs. »


ICP : À l’issue de la seconde guerre mondiale, la production de films autour de la Bible et de l’Église catholique est importante, comment l’expliquez-vous ?

P.R : « Dans les années 40 et 50, les cardinaux disparaissent quasiment au cinéma. À Hollywood, l'industrie cinématographique propose alors beaucoup de films sur la Bible ou sur l'Antiquité dans lesquels les chrétiens ont une place. Producteurs et scénaristes cherchent à combler le public avec des scènes à grand spectacle et à obtenir le soutien des autorités religieuses.

Un tournant important est pris à « l'âge moderne du cinéma », au début des années 1960.
Fortement exposée dans les médias avec le Concile Vatican II, l'Église catholique inspire les réalisateurs. Les cardinaux, figures de l'institution ecclésiastique et de son pouvoir, sont alors sujets de films. Avec The Cardinal (1963), de Preminger, l'homme apparaît derrière le cardinal. Mais dans ce film « politique » de Preminger, c'est aussi le soutien du cardinal autrichien Innitzer à l'Anschluss qui est montré. Dans The Shoes of the Fisherman (Les Souliers de Saint-Pierre, 1968) d'Anderson, c'est l'écart entre l'homme, futur pape, sympathique, et les cardinaux, fonctionnaires de la curie, divisés en clans, qui est montré. Jusqu'au milieu des années 1970, temps de la fin de l'ébullition conciliaire et d'une sécularisation des sociétés occidentales, les figures de cardinaux disparaissent des écrans. Elles ne réapparaissent qu'avec les années 1980, lorsque, loin du Concile, le cardinal est montré dans les films comme un écran entre l'Église catholique et l'Évangile. »
ICP : Au milieu des années 80, la représentation du cardinal dans le cinéma évolue radicalement comment l’expliquez-vous ? Qu’en est-il aujourd’hui ?

P.R : « Depuis Au Nom de la Rose (1986) d'Annaud, adaptation du roman à succès d'Umberto Eco, lui-même métaphore du terrorisme italien des années 1970, et The Mission (Mission, 1986) de Joffé au temps des débats sur la théologie de la libération, le cardinal est la figure plutôt antipathique d'une manière d'exercer le pouvoir clérical. Dans Godfather III (Le Parrain III, 1990) de Coppola, le cardinal Lamberto est inspiré du cardinal Albino Luciani, futur pape Jean-Paul Ier, mais le film évoque le scandale de la Banco Ambrosiano.
Loin de ces considérations issues de l'histoire, les productions réalisées autour de l'année 2000 accentuent et radicalisent cette image, jusqu'au stéréotype du cardinal comme figure d'une institution religieuse d'abord désireuse de conserver ses secrets et son pouvoir. Plus que jamais personnages de fiction, les cardinaux alors représentés à l'écran dans Stigmata (1999) de Wainwright et The Body (Le Tombeau, 2000) ressortent de cette catégorie. Dans Amen (2002) de Costa Gavras, adaptation cinématographique du Vicaire, le personnage du cardinal permet au réalisateur de traiter du thème Église et Shoah en concentrant sur lui les griefs : ceux d'une hiérarchie catholique favorable au combat antibolchévique d'Hitler et foncièrement teintée d'antijudaïsme, voire d'antisémitisme.
Habemus papam (2011) de Moretti, est original. Il l'est peut-être moins lorsqu'il est rapproché de l'œuvre du cinéaste italien. Le cardinal élu parmi le collège des cardinaux pousse un cri d'effroi face à la charge qui l'attend. Cri d'un homme, donc d'humanité il interroge aussi sur la nature du pouvoir à exercer au sommet de l'Église, lorsqu'il se heurte à la puissante mécanique du Vatican. Lors du conclave, certains cardinaux sont d'abord calculateurs. Avec les autres, ils sont désemparés devant le doute du cardinal Melville qu'ils ont élu. »

En une expression iconique marquée par les stéréotypes et archétypes, la première étant la « pourpre cardinalice », toutes ces représentations, fruits de productions particulières et causes de réceptions variées, donnent le plus souvent à voir des images, et des ombres, qui n'épargnent guère le cardinal lorsqu'il paraît à l'écran.



À propos de Philippe Rocher
Cinéphile, né à Lyon, ville des frères Lumière et du Premier film, Philippe Rocher a été rédacteur à Critikat.com et membre de jurys de festivals de films à Cannes et Amiens. Auteur d’articles sur les cultures catholiques du cinéma et du sport, il a publié Le Goût de l'excellence, Quatre siècles d'éducation jésuite en France (Paris, Beauchesne, 2011) et a réalisé un film documentaire La Cigale de Jean-Henri Fabre (2012).

À propos du colloque international « Cardinaux et cardinalat, une élite à l’épreuve de la modernité, 1775 – 1978 ». Ce colloque organisé par Frankois Jankowiak et Laura Pettinaroli réunit plus de 30 chercheurs autour de la question de la place prise par les cardinaux comme interface entre Rome et le monde. Une seconde session se tiendra en avril 2015 à Rome sur le thème Les cardinaux, entre Cour et Curie.



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Communiqué envoyé le 15/05/2014 17:22:35 via le site Categorynet.com dans la rubrique Cinéma / DVD

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