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Henri de Toulouse-Lautrec, quelques oeuvres à mi-chemin entre portrait et caricature

Nombreuses sont les oeuvres où l'artiste se plaît à appuyer, exagérer une attitude, un mouvement, un trait du visage. C'est en grande partie dans le quartier de Pigalle que Toulouse-Lautrec croque ses sujets appartenant au monde de la danse, du chant, du théâtre et du cirque. Le célèbre Moulin Rouge reçoit sa visite presque tous les soirs à partir de 1885. Il s'assied à une table, commande son verre d'absinthe et croque les habitués. Ici, il ne demande pas à ses modèles de poser, il les dessine sur le vif. Il ne cherche pas à embellir ou idéaliser, seule la recherche de la réalité importe.  Et quand il a trouvé le souffle intérieur qui anime son personnage, il amplifie un mouvement ou un trait, ce qui assimile quelques uns de ses portraits à de véritables caricatures. Nous en montrons cinq exempl es.

En 1889, Charles Zidler commande à Toulouse-Lautrec une affiche pour son établissement. Ainsi naît l'oeuvre célèbre "La Goulue" dont l'une se trouve à Albi dans le musée qui lui est consacré. Sous ce surnom se cache une danseuse de cancan nommée Louise Weber. Elle lève la jambe si haut q'elle en découvre ses rubans et ses dentelles les plus intimes. Ses jupons tourbillonnent au grand émoi d'un personnage tronqué qui n'est autre que Valentin le Désossé. L'oeuvre frappe par ses contrastes et révèle en fait deux caricatures : celle de l'homme rigide traité de manière anguleuse et sombre et celle de la femme en blanc exhibant une souplesse acrobatique dans la lumière. 

Dans la toile de "Jane Avril dansant" de 1892, exposée au musée d'Orsay, toute l'attention se porte sur le jeu de jambes de la danseuse. L'éclat de lumière accentue l'écart des jambes vêtues de noir, lorsque les mains soulèvent la robe blanche. Jane Avril avait une manière particulière de danser, ce qui pousse l'artiste à en exagérer le mouvement, à la limite de la distorsion. Il s'agit d'une caricature, sans laquelle la toile perdrait toute originalité. Il n'y a là ni satire, ni ironie et Jane Avril reste la seule femme que l'artiste ait aimée. 

Quant à Yvette Guilbert, elle chante au Moulin Rouge puis au "Divan Japonais" en 1890. Toulouse-Lautrec va la représenter dans de nombreuses affiches. Mais elle reproche à l'artiste de la défigurer : "Mais pour l'amour du ciel, ne me faites pas si atrocement laide !un peu moins..." Il est vrai que le trait accentue l'allure longiligne du corps dans le fourreau et la maigreur des bras dans de longs gants noirs. Le visage blanc aux lèvres rouges sous une épaisse chevelure rousse évoque un masque de clown. Il reste que cette caricature sera à l'origine de sa célébrité.

Dans une peinture de 1894 « La femme tirant son bas », au musée du Louvre, nous voyons deux femmes, dont l’une ajuste sa jarretière sous le regard d'une autre. Celle de gauche, très émaciée, observe le geste en souriant. Elle aussi semble porter un masque de clown blanc au nez très allongé et pointu. Les lèvres des deux femmes sont peintes de rouge vif et les visages sont recouverts d’une épaisse couche de maquillage. Malgré le geste érotique de la femme nue, cette dernière n’inspire pas le désir. Ses rondeurs sont appuyées grossièrement, soulignant l’aspect tombant et vieillissant. Cette caricature accentue les traits de ces femmes fatiguées dans les cabarets de Pigalle.

A cette époque le clown Chocolat fait parler de lui dans le monde du cirque. Il joue en duo avec son homologue blanc Footit. Le contraste entre les deux couleurs de peau et les jeux d'acteur entre le maître et le bouffon font rire un public étonné. Le film qui est sorti en 2016 retrace d'ailleurs très bien son histoire, avec Omar Sy dans le rôle de Chocolat. Dans un dessin de 1896, exposé au musée d'Albi, Toulouse-Lautrec le dessine sur le vif dans un bar. Chocolat occupe le centre la scène et danse avec grâce. Il se tient dans une posture difficile rappelant celle du coq dans l'art martial du Taï chi. Seuls le visage et la main sont noirs. Mais le faciès porte l'exagération de la caricature par les traits d'une mâchoire et d'un nez simiesques. Le but recherché est d'étonner et de faire rire... ou peut-être aussi de s'interroger et d'en pleurer.

Même si le monde du cirque ou des cabarets ne représente qu'une petite partie de son oeuvre, on peut deviner le talent de ce peintre, tant aimé de Pigalle qui se laissait appeler "le Petit Bonhomme". Il s'est éteint trop tôt, à l'âge de 36 ans.

Quelle est l’origine des dessins à charge de Toulouse-Lautrec ? Plusieurs explications sont plausibles. Dans la commande d'une affiche, c'est le choc, l'étonnement qui va inciter à acheter. Il faut donc exagérer le trait, caricaturer le personnage. Mais il peut s'agir également d'un désir de rendre le modèle "plus vrai que vrai" et l'on sait que l'artiste visait surtout cet objectif. La troisième raison viendrait peut-être d'un besoin subjectif de l'artiste blessé de s'identifier à un modèle souffrant lui-même dans son corps. Atteint d'une maladie des os, puis plus tard d'alcoolisme et de syphilis, Henri de Toulouse-Lautrec trouve à Pigalle un monde dont il ressent à la fois la souffrance et les plaisirs éphémères.

Aujourd’hui, certains caricaturistes, doués d’un talent graphique et d’une approche psychologique certaine, réalisent des œuvres de grand talent. Ils ont commencé par croquer des modèles dans les endroits publics, puis en ont fait parfois leur métier. Quelques uns ont choisi le dessin de presse en pratiquant l'humour ou la satire. D'autres se mettent au service des particuliers. A la demande des clients, ils essaient de rendre un portrait "plus vrai que vrai". 

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Communiqué envoyé le 2017-08-03 20:12:39 via le site Categorynet.com dans la rubrique Arts - Culture
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