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par défaut, Emma de lafforest

Toiles et dessins d’Emma de Lafforest évoquent des personnages perdus aux confins des déserts, des masses indéchiffrables, des masques primitifs où percent tour à tour sagesse et désarroi.

Emma de Lafforest travaille essentiellement à l’acrylique, émulsion par laquelle elle tente de matérialiser la vision fugace qui l’effleure soudain et qu’elle appelle « mon ineffable. »

Elle sait que cette quête est dérisoire. Mais c’est plus fort qu’elle, il faut qu’elle s’en approche tous les jours un peu plus sans jamais l’atteindre.

« Avant de commencer une toile, j’ai des couleurs en tête, des formes, des expressions, surtout des mains plus que des visages. Mais ces visions sont vagues et ne se réalisent que partiellement sur chaque toile », explique-t-elle.

Une sorte d’énergie, dont elle ne comprend pas elle-même tous les ressorts, la pousse à dessiner, et aujourd’hui à peindre, depuis l’enfance. Ce qu’elle appelle sa quête d’absolu.

« Comme j’étais issu d’une famille d’artistes, je cachais mes dessins, dit-elle. J’ai commencé par des copies et j’avais honte de les montrer. »

Originaire de Morlaix, elle assume désormais un univers qui puise dans ses racines bretonnes pour s’avancer vers un monde plus aride, qui pourrait être fait de boue sèche et de pierres érodées.

« C’est toujours un peu brut les peintres bretons, avance-t-elle. Du temps des premiers rochers de granit jusqu’aux artistes contemporains, ce sont toujours des formes un peu primitives. »

Son processus de création, qui mêle euphorie et angoisse, entêtement et répétition, suit actuellement une voie immuable.

Au départ, il y a ce qu’elle appelle « les masses » et qu’elle travaille jusqu’à ce qu’elle « se sente bien dedans, comme dans une maison. » Elle confronte alors les couleurs naturelles, des bruns et des grisés, avec des teintes « fluo », de type industriel. « J’ai besoin de contrastes », explique-t-elle.

Il arrive que ces masses ne soient plus tout à fait des masses, quelque chose « de trop lourd ou de trop vide » et c’est à ce moment précis que les personnages d’Emma de Lafforest entrent en scène. Des points minuscules, parfois, dans un monde indicible.

« Ce sont soit des philosophes, des sages. Soit des êtres perdus dans le désir, dit-elle. Un personnage malheureux parce qu’il en veut toujours plus, parce qu’il court après ses désirs. »

Curieusement, Emma de Lafforest, dont les toiles font penser à des étendues sahariennes ou australiennes, n’a jamais bourlingué hors de France. « Mais je suis un peu nomade, j’ai vécu dans vingt deux villes françaises », s’amuse-t-elle.

Et lorsqu’on lui demande où se situeraient ses « masses », vagues évocations de maisons ou de coquilles géantes, elle répond : « Dans une Bretagne chaude. »



Interview

Par Gérard Bon pour Sycomore Art