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L'Académicienne Jacqueline de Romilly, malvoyante et fidèle amie du GIAA

Jacqueline de Romilly, très malvoyante à la fin de sa vie, a témoigné de son expérience et de son engagement aux côtés de l’association le Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes, en mars 1999. Nous vous le livrons aujourd’hui.



Un engagement discret et efficace aux côtés du GIAA

Malvoyante à la fin de sa vie, Jacqueline de Romilly fut à la fois bénéficiaire des services du Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes (C’était une ardente lectrice de livres audio) et bénévole engagée, en tant qu’administratrice, pour soutenir de façon admirable et amicale la cause que l’association défend : favoriser l’insertion sociale et professionnelle des personnes aveugles et malvoyantes par l’accès à la lecture.
« Elle savait mettre de l'humour dans les sujets les plus sérieux. Elle ne s'attardait pas sur les misères et les obstacles de la vie. », précise Marie de Saint Blanquat, présidente du GIAA.
Elle sera pour toujours une ambassadrice, nous ayant ouvert les portes de l’Institut de France pour les 50 ans de l’association en 1999, et une personne très estimée au GIAA.



Comme disait Saint-Augustin, qu’elle aimait aussi beaucoup : « Prenez, lisez ».



Extraits du discours du 23 mars 1999 :
(N’hésitez pas à nous contacter pour recevoir l’intégralité du discours)

« Je devrais préciser, pour bien situer les choses, que je ne suis pas aveugle mais, avec ce beau mot grec, amblyope, c'est-à-dire qui a la vue émoussée. Je vous rappelle l'étymologie et que j'ai perdu l'usage de la vue il y a seulement trois ans. Je peux distinguer des silhouettes. Je ne peux ni lire, ni écrire, ni faire quoi que ce soit qui demande quelques précisions.
Or, j'avais vécu toute ma vie dans les livres, pour les livres, par les livres. Et, d'un coup, c'est arrivé en moins de cinq minutes, plus rien, plus de livres, plus de contact. C'était une grosse épreuve pour moi. Je ne sais pas à quel moment, quelqu'un m'a donné l'adresse du GIAA, du 5, avenue Daniel Lesueur. […] Tout à coup, c'était un monde nouveau qui m'était rendu. »

« J'ai découvert qu'en écoutant un livre sur cassettes, c'est-à-dire beaucoup plus lentement que quand on lit tout bas avec ses yeux, on lisait tout autrement. On lit, on entend chaque chose, si bien que les beautés d'un texte ou la profondeur des idées vous atteignent complètement, beaucoup plus fort. Inversement, les fautes de style, les répétitions ou les absurdités vous frappent également. Et alors, je me suis rappelé que, dans cette Antiquité où j'ai passé ma vie, ce qui est une façon de vous donner un acte de naissance, on ne lisait pas tout bas, on faisait la lecture tout haut. On dictait. On procédait donc de cette même façon et je suis convaincue que c'est une des multiples raisons qui expliquent la qualité extraordinaire de ces textes de l'Antiquité, dictés lentement, lus lentement, où il y avait un effort d'attention. »

« On peut aussi se faire faire la lecture à domicile par des bénévoles qu'envoie le G.I.A.A. et là, j'en ai bénéficié. J'ai d'abord eu celui que j'appelais "mon petit soldat ". Oui, c'est compromettant mais voilà, l'administration du GIAA s'est assez bien débrouillée, avec obstination et clairvoyance pour que, chaque année, quelque deux ou trois appelés du contingent soient mis à la disposition des aveugles […] c'était un agrégatif, les deux choses sont conciliables. Il venait, il lisait mon courrier, il prenait mes réponses à la dictée, il réparait mes magnétophones détraqués, il m'accompagnait faire des courses, réglait certains problèmes et j'avais toujours un certain succès en disant : "Eh bien, je viendrai avec mon petit soldat " »

« Dans l'Antiquité, il faut bien que j'en parle, c'est tout ce que je connais, dans l'Antiquité, l'image de l'aveugle était compensée par l'idée que l'aveugle savait, comprenait, pouvait prédire l'avenir, pouvait être un grand sage. C'est peut-être vrai d'ailleurs. Homère, le premier poète grec et le premier auteur de la littérature occidentale au VIIIème siècle avant Jésus-Christ, on nous dit qu'il était aveugle. On n'en sait rien du tout. Je veux dire qu'il y a beaucoup de légendes. Nous ne savons même pas si c'est un seul auteur pour ses deux épopées mais cela veut dire en tous cas, que ce soit vrai ou pas, que les anciens associaient l'idée de la cécité à celle d'un génie, d'un talent. Après ça, je pense à la tragédie grecque et qu'est-ce que je vois ? Je vois très souvent un devin aveugle, Tirésias.»

« Je dois dire que nous sommes réunis ici, dans ce bâtiment de l'Institut qui m'est cher pour beaucoup de raisons. Théoriquement, j'y passe deux journées par semaine et vous savez, sans doute, que le GIAA a reçu un prix de l'Académie des Sciences Morales et Politiques, il y a deux ans. Il y a donc un lien qui s'est établi. Mais, pour moi, personnellement, c'est aussi un lien direct et individuel. […] Tout le monde sait le rôle de l'Institut de France dans le maintien de la culture et dans l'effort pour seconder tout ce qui aide les intellectuels, quels qu'ils soient.
[…] En ce qui me concerne, et je terminerai par là, si j'y parle et j'y étais encore ce matin pour une commission, alors que je ne vois plus, c'est grâce à toute cette aide qui m'est donnée. C'est grâce aux cassettes qui me rendent moins inculte. C'est grâce aux aides bénévoles, petit soldat ou gentille dame, c'est grâce à l'ensemble des appareils, des aides et peut-être aussi un peu grâce à l'exemple qui m'est donné par les gens qui se dévouent, qui font effort pour dominer des difficultés pires encore que les miennes. Alors j'aime terminer sur l'association de ces deux institutions qui sont chères à mon cœur et qui aujourd'hui sont réunies : l'Institut de France et le GIAA. Merci. »






Contact Presse
GIAA – Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes
Nathalie SASSIER - Chargée de communication
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. – 01 47 34 66 30


A propos du GIAA :
Fondé en 1949, le Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes a pour objectif de favoriser l’insertion sociale et professionnelle des personnes aveugles et malvoyantes. Sa gamme de services est large et comprend entre autres une Librairie et un Kiosque Sonore et Braille qui permettent d’emprunter des livres et recevoir des revues audio ou en braille, un service d’adaptation à la demande (enregistrement audio, transcription en braille ou gros caractères et numérisation de documents) et un service d'accompagnement dans l'insertion et/ou la reconversion professionnelle.

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Contact Presse:

GIAA - Groupement des Intellectuels Aveugles ou Amblyopes
Nathalie Sassier
01 47 34 30 00
www.giaa.org
Profil du diffuseur :
http://www.categorynet.com/reseaucategorynet/profile?userid=51416



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Communiqué envoyé le 11.01.2011 11:39:01 via le site Categorynet.com dans la rubrique Art / Culture

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